ISO 23675: La nouvelle norme de mesure de SPF pour les fabricants de crème solaire
Par Pierre CLAUDEL, Novembre 2025
Depuis Décembre 2024, les nouvelles normes ISO 23675 et ISO 23698 redéfinissent les méthodes de mesure et de validation du SPF (Sun Protection Factor) des crèmes solaires.
Jusqu’à présent, la référence principale pour déterminer le SPF reposait sur des essais in vivo avec la norme ISO 24444:2010, réalisés sur des volontaires humains. Ces tests, coûteux et longs, soulèvent depuis plusieurs années des questions éthiques et de reproductibilité. Les nouvelles normes de 2024 viennent répondre à ces problématiques en structurant une méthode de mesure in vitro harmonisée, plus rapide, plus éthique et scientifiquement robuste.
Cet article est un guide pour tout fabricant de protection solaire qui souhaite se mettre en conformité avec les nouvelles normes de mesure de SPF in vitro.
Pourquoi une nouvelle norme pour la mesure de SPF ?
ISO 24444:2010 le problème du in vivo
Depuis 2010, la mesure du facteur de protection solaire (SPF) repose principalement sur des tests in vivo. La référence réglementaire (la norme ISO 24444:2010), impliquait des tests directement sur des volontaires humains. Impliquant des problématiques de fiabilité et d’éthique.
- Tests un vivo longs, couteux, éthiquement discutables
Les essais in vivo exigent de recruter des volontaires dont la peau sera exposée à des doses contrôlées d’UV afin de provoquer un érythème visible (léger coup de soleil). La capacité de la crème à protéger la peau est jugée par la réaction de la peau aux UV après pose de la crème. Aujourd’hui, il est convenu que les érythèmes sont à l’origine du vieillissement de la peau et favorisent certains cancers. Il devient donc important de pouvoir tester ces crèmes d’une manière plus durable pour la santé des personnes recrutées.
- Une faible corrélation entre les laboratoires
Les mesures in vivo souffrent également d’une variabilité importante d’un laboratoire à l’autre. Les différences dans la peau des volontaires ou la technique d’application entraînent des écarts notables de SPF pour un même produit.
Cette mauvaise corrélation inter-laboratoires rend difficile toute comparaison objective entre fabricants, et fragilise la crédibilité scientifique des résultats.
- Des lampes UV trop différentes des rayonnements du soleil
Les lampes UV utilisées dans les essais in vivo ne reproduisent pas fidèlement le spectre du soleil.
Elles présentent souvent une énergie insuffisante autour de 400 nm et une surexposition en UVA, ce qui biaise la mesure du SPF et son lien avec la réalité de l’exposition solaire.
L’ISO 23675 vient corriger cette distorsion en définissant des conditions spectrales précises, plus proches du rayonnement solaire naturel.
L’objectif de la nouvelle norme ISO 23675 est clair: harmoniser la mesure du SPF in vitro, la rendre répétable et fiable à l’échelle internationale.
Que retenir de la norme ISO 23675 ?
la nouvelle norme ISO 23675 spécifie une méthode de détermination in vitro du facteur de protection solaire (FPS).
Cette méthode est applicable aux produits de protection solaire sous la forme d’émulsion ou de formulation alcoolique monophasée, mais pas à ceux sous la forme de poudre libre ou compacte ou de stick.
Elle est réservée à la détermination d’un facteur de protection solaire statique. Elle n’est pas applicable à la détermination de propriétés de résistance à l’eau d’un produit de protection solaire.
1-Une méthode fondée sur la spectrophotométrie
Le protocole repose sur la mesure spectrophotométrique de la transmittance UV à travers un film de produit solaire appliqué sur un support en PMMA (polyméthacrylate de méthyle).
La méthode utilise deux types de plaques de PMMA :
une surface sablée (rugueuse) pour simuler la texture de la peau,
une surface moulée (lisse).
Pour chaque échantillon, au moins trois plaques sablées et trois plaques moulées sont utilisées, soit six mesures en tout, afin de garantir la reproductibilité et la représentativité du résultat. Ces plaques sont étuvées pendant 12 heures à 27 °C avant utilisation.
2-Application automatisée du produit
La norme rend obligatoire l’utilisation d’un robot applicateur automatique, capable d’étaler la crème solaire de manière uniforme et reproductible sur les plaques.
Cette automatisation élimine la variabilité humaine comme source d’erreur.
3-Irradiation et conditions expérimentales contrôlées
Les échantillons appliqués sur les plaques PMMA sont ensuite irradiés à l’aide d’un simulateur solaire.
Ce simulateur doit :
- maintenir la température à 27 ± 2 °C,
- éviter toute circulation d’air qui risquerait de fragiliser le film appliqué,
- délivrer un spectre lumineux reproduisant fidèlement la lumière solaire.
Une mesure de transmittance est effectuée avant et après irradiation afin d’évaluer la stabilité photométrique du produit.
4-Calcul du SPF et de la protection UVA
Les mesures de transmittance obtenues sur les différentes plaques sont moyennées, puis corrigées à l’aide d’un coefficient empirique dépendant de la forme cosmétique du produit (crème, spray, gel, etc.).
Le calcul du SPF in vitro s’effectue ensuite par intégration spectrale :
le spectre d’action érythémale (UVB) est utilisé pour le SPF,
le spectre PPD (Persistent Pigment Darkening) pour la composante UVA.
Ces intégrations sont réalisées avec une résolution de 1 nm, nécessitant un logiciel de calcul automatisé. Les spectrophotomètres compatibles, tels que le Labsphere UV-3000S intègrent ces fonctions directement dans leur interface.
Comment se mettre en conformité avec la norme ISO 23675 ?
Cette nouvelle norme implique une modification des process actuels pour le développement des crèmes solaires. Elle exige une réorganisation matérielle, une formation des équipes et une intégration méthodique au sein de l’organisation.
- Spectrophotomètre Labsphere UV-3000

- Pipette automatique à déplacement positif

- Balance analytique

- Robot de dépose du produit
- Simulateur solaire à Arc Xénon
En résumé
Qu’est-ce que la norme ISO 23675 ?
La norme ISO 23675 définit une méthode in vitro normalisée pour mesurer le facteur de protection solaire (SPF) des produits de protection solaire. Elle remplace progressivement la norme ISO 24444 (in vivo) et permet une évaluation éthique, reproductible et harmonisée du SPF sans recourir à des volontaires humains.
Pourquoi une nouvelle norme de mesure du SPF a-t-elle été créée ?
La nouvelle norme ISO 23675 répond à plusieurs limites des anciens tests in vivo :
Mesures longues, coûteuses et éthiquement sensibles,
Variabilité importante entre laboratoires,
Lampes UV non représentatives du spectre solaire réel.
Elle vise à standardiser la méthode in vitro et à améliorer la fiabilité scientifique des résultats à l’échelle internationale.
Quels équipements sont nécessaires pour être conforme à la norme ISO 23675 ?
Pour appliquer la méthode ISO 23675, les laboratoires doivent disposer de :
un spectrophotomètre haute précision Labsphere UV-3000 couvrant 290–400 nm avec pas de 1 nm,
un simulateur solaire à arc xénon calibré et refroidi,
un robot applicateur automatique pour l’étalement uniforme du produit,
- es pipette et balance analytique
des plaques de PMMA standardisées (sablées et moulées).
Ces équipements garantissent la reproductibilité et la fiabilité des mesures de SPF.
Quelles sont les différences entre ISO 23675 et ISO 24444 ?
La norme ISO 24444 est basée sur des essais in vivo sur volontaires, l’ISO 23675 repose sur une méthode in vitro spectrophotométrique.
Elle ne nécessite plus de tests sur l’humain, réduit les biais liés à la peau ou à la lumière, et offre une meilleure corrélation inter-laboratoires grâce à des conditions d’essai strictement définies.
Quand la norme ISO 23675 deviendra-t-elle obligatoire en Europe ?
Adoptée en décembre 2024, la norme ISO 23675 sera progressivement intégrée dans les réglementations européennes à partir de 2025.
Elle remplacera à terme la norme ISO 24444 pour les tests de SPF, d’abord sur une base volontaire, puis comme référence officielle dans l’Union européenne et les marchés associés (Mercosur, Royaume-Uni…).
Comment les fabricants peuvent-ils se préparer à l’ISO 23675 ?
Pour anticiper la transition, les fabricants peuvent:
Former leurs équipes aux nouvelles méthodes in vitro,
investir dans des équipements conformes,
Mettre à jour leurs procédures internes,
Valider leurs formules selon la méthode double plaque définie par l’ISO 23675.
Une préparation précoce permet de réduire les coûts et délais de mise en conformité tout en renforçant la crédibilité scientifique des produits.


